Le cheval, la nappe et le cor
Dans un village vivait un jeune cultivateur qui faisait pousser des petits pois. Chaque année, il laissait une partie de sa récolte aux oiseaux et aux mulots.…
Dans un village vivait un jeune cultivateur qui faisait pousser des petits pois. Chaque année, il laissait une partie de sa récolte aux oiseaux et aux mulots. Un jour, une grue se posa dans son champ et picora doucement quelques petits pois dans la plate-bande du bord. Le cultivateur ne la chassa pas : il remplit plutôt un bol de petits pois. La grue le remercia et lui dit : « Pour ta générosité, je vais te montrer trois douces merveilles. »
Le lendemain matin, un cheval à la robe claire et à la crinière argentée attendait devant le portail. Il se tenait paisiblement près de la clôture tressée et aimait les carottes fraîches. Quand le cultivateur peignait sa crinière, trois petites pièces d’argent tombaient dans sa paume : juste assez pour acheter de la farine, du sel et des graines. Il prenait soin du cheval et mettait les pièces restantes de côté pour réparer le puits du village.
Le deuxième cadeau était une nappe à motifs. Dès qu’on l’étalait sur l’herbe, des tourtes, des pommes, des cruches de boisson aux fruits et du pain parfumé apparaissaient. Après la récolte, le cultivateur invita ses voisins à partager un repas. On installa une longue table sous les sorbiers, et chaque invité trouva sa place à la fête.
Certains invités remarquèrent les pièces d’argent près du cheval. Éblouis par leur éclat, ils en glissèrent quelques-unes dans leurs poches. Aussitôt, la crinière argentée devint terne. Le cultivateur n’accusa personne. Il sortit le troisième cadeau de la grue, un petit cor en cuivre, et joua une mélodie claire et joyeuse.
Au son de la musique, les pièces sautèrent toutes seules hors des poches, tournoyèrent comme des étincelles dorées et revinrent près du cheval. Gênés, les invités reconnurent leur geste et demandèrent pardon. Le cultivateur leur pardonna, et ils l’aidèrent à terminer le puits. La nappe se couvrit de nouveau de bonnes choses, le cheval secoua sa crinière brillante et le cor résonna jusqu’au coucher du soleil. Ainsi, les trois merveilles rappelèrent à tout le village que la générosité grandit lorsqu’on lui répond par l’honnêteté.