La veuve et le démon
Il était une fois un paysan qui avait une très belle épouse. Ils s’aimaient profondément et vivaient en paix et en bonne entente. Au bout de quelque temps, le…
Il était une fois un paysan qui avait une très belle épouse. Ils s’aimaient profondément et vivaient en paix et en bonne entente. Au bout de quelque temps, le mari mourut. La pauvre veuve l’enterra, puis resta plongée dans ses pensées, pleurant et se languissant de lui. Trois jours et trois nuits durant, elle versa des larmes sans répit ; le quatrième jour, à minuit juste, un démon lui apparut sous les traits de son mari. Transportée de joie, elle se jeta à son cou et lui demanda :
— Comment as-tu pu venir ?
— J’ai entendu dire, répondit-il, que tu pleurais amèrement sur moi, pauvre de toi. J’ai eu pitié de toi, j’ai demandé la permission de partir et je suis venu.
Il se coucha auprès d’elle pour dormir ; mais, au matin, dès que les coqs chantèrent, il disparut comme une fumée. Le démon continua de lui rendre visite pendant un mois, puis un autre. Elle n’en parlait à personne, tandis qu’elle dépérissait de plus en plus, telle une chandelle qui fond au feu !
Un jour, la vieille mère de la veuve vint la voir et se mit à l’interroger :
— Pourquoi es-tu si maigre, ma fille ?
— C’est de joie, mère !
— De quelle joie ?
— Mon défunt mari vient me voir la nuit.
— Ah, sotte que tu es ! Quel mari veux-tu que ce soit ? C’est un esprit impur !
La fille ne la crut pas.
— Eh bien, écoute ce que je vais te dire : lorsqu’il viendra te voir et s’assiéra à table, laisse exprès tomber une cuillère et, en te baissant pour la ramasser, regarde ses pieds.
La veuve suivit le conseil de sa mère. La nuit suivante, lorsque l’esprit impur arriva, elle laissa tomber une cuillère sous la table, se pencha pour la reprendre, regarda ses pieds et vit qu’il avait une queue. Le lendemain, elle courut chez sa mère.
— Alors, ma fille ? Avais-je raison ?
— Oui, mère, tu avais raison ! Que puis-je faire, malheureuse que je suis ?
— Allons voir le prêtre.
Elles allèrent tout lui raconter comme cela s’était passé. Le prêtre commença à réciter sur la veuve les prières traditionnelles de délivrance et poursuivit pendant trois semaines ; ce ne fut qu’alors, et à grand-peine, que le démon malfaisant la laissa enfin en paix !